17 août 1842

« 17 août 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 65-66], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12170, page consultée le 26 janvier 2026.

Bonjour mon Toto chéri, bonjour mon cher petit homme. Ça va-t-il bien ce matin, mon amour ? Ton mal de tête est-il passé ? Ton petit garçon a-t-il passé une bonne nuit ? C’est encore aujourd’hui jour de fête pour toi1. Et comme d’habitude c’est encore moi qui en fais les frais. Les fêtes, les maladies et les affaires c’est moi qui PAYE TOUT, mon bonheur c’est ma seule monnaie, mais aussi tu t’en sers pour tous tes besoins jusqu’à ne pas me laisser un soir après ces temps-ci. Je ne sais pas ce que ce sera mais je ne t’en verrai pas davantage probablement. Enfin, je te prie de ne pas aller à tes fumigations sans moi, c’est bien le moins que j’attrape ce pauvre petit morceau de bonheur tous les deux ou trois jours. D’ailleurs je n’ai plus mal à la tête aujourd’hui. Ainsi mon Toto ne me faites pas faux bonda parce que je ne vous le pardonnerais pas. Maintenant, tâchez de ne pas mourir de chaleur dans votre collège et tâchez de venir bien vite me retrouver, ne fût-ceb que pour changer de chemise. À propos, mon cher petit homme, je savais bien que j’avais une dent contre vous, la voiciDessinc. Savez-vous que vous êtes bien aimable ? Vous ne m’avez seulement pas embrasséed en vous en allant hier au soir et quand je vous l’ai crié par la porte, vous ne m’avez seulement pas répondu. Si vous croyez que c’est là ce qui rend une femme heureuse2, vous vous trompez BIGREMENT.

Juliette


Notes

1 Excellent élève, Charles Hugo a remporté un prix (vraisemblablement au concours général, où il a déjà remporté celui de thème latin en 1840), qu’il recevra lors d’une cérémonie en Sorbonne à laquelle son père va assister. Les festivités ont lieu, d’après les lettres de Juliette, entre le 16 et le 18 août 1842.

2 Citation d’Angelo tyran de Padoue.

Notes manuscriptologiques

a « bon ».

b « fusse ».

c Dessin de dent :

© Bibliothèque Nationale de France

d « embrassé ».


« 17 août 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 67-68], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12170, page consultée le 26 janvier 2026.

Je vous écris de bonne heure, mon Toto, pour me trouver avec vous en pensée au second triomphe de Charlot. Et puis si le cœur vous dit d’une fumigation après toutes ces gloires paternelles, je seraia à vos ordres à pied comme à cheval. Il continue de faire DOUX, ia, ia, monsire, matame, il vai très touf et zi za gontinue les assoulettes y domperont doudes rodies tans nos pouches1. En attendant je bous à gros bouillons moi, et je ne sais plus où me fourrer. Je ne sais pas si c’est que mon merlan2 s’est trouvé FRIT en route mais je ne le vois pas poindre à l’horizon. J’en serais fâchée à cause de ma pauvre cervelle qui courrait grand risque d’avoir le même sort. Il m’est impossible de supporter un bonnet de cette affreuse chaleur.
C’est aujourd’hui à ce que je crois qu’on juge Mlle Hureau3. Je ne savais pas si la pauvre femme compte sur le gain de son procès mais moi j’en doute beaucoup.

1 h.

Le coiffeur est venu dans l’intervalle, mon amour, force m’a été d’interrompre mon gribouillis. Du reste s’il n’était pas frit, le hideux merlan, il n’en valait guère mieux car il avait un vésicatoireb qui lui tenait la moitié de la tête et qui DÉGOULINAIT tout le temps qu’il me coiffait. Pouah ! l’horreur ! Autant ces choses là sont indifférentes dans l’homme qu’on aime, autant c’est révoltant dans un individu quelconque. D’y penser l’eau m’en vient à la bouche. Fi, l’abomination. Baise-moi bien vite pour m’ôter ce goût et le dégoût.

Juliette


Notes

1 Juliette imite l’accent allemand. « Il fait très doux et si ça continue les alouettes y tomberont toutes rôties dans nos bouches ».

2 Merlan (argot) : coiffeur, perruquier.

3 À élucider.

Notes manuscriptologiques

a « serais »

b « vessicatoire ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.

  • 12 et 28 janvierLe Rhin.
  • Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
  • 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.